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Sur quelques endémiques pyrénéennes.
Cytotaxonomie (1ere partie)
Jean DELAY & Jean VIVANT


Communication présentée à la séance du 11 juin 1977 à La Périsse (clôture de la 107è Session extraordinaire). Manuscrit accepté le 27 janvier 1978.

Résumé.
Six taxons endémiques des Pyrénées atlantiques sont analysés au point de vue cytotaxonomique :
Euphorbia polygalifolia ssp. vasconensis, n 7 ;
Alyssum arenarium, n = 16 ;
Saxifraga cuneata, n = 19 ;
Geranium endressi, n = 13, 2n = 26 ;
Pimpinella siifolia, n = 10, 2n = 20 ;
Seseli cantabricum, n = 10.

-  INTRODUCTION

Nous avons entrepris cette étude dans un double but :
- préciser l'écologie et la taxonomie des espèces endémiques des Pyrénées, dont certaines excessivement rares ;
- analyser les particularités des figures de division par l'examen des stades importants de la méiose et de la mitose et connaître l'état de ploidic : en effet, il est intéressant de savoir si l'endémisme s'accompagne ou non d'une augmentation du nombre de chromosomes.
Les espèces endémiques étudiées dans ce travail sont :
Euphorbia polygalifolia ssp. vasconensis ;
Alyssum arenarium ;
Saxifraga cuneata;
Geranium endressi ;
Pimpinella siifolia et
Seseli cantabricum.
Les difficultés rencontrées lors de la transplantation et de la culture des endémiques hors de leur milieu naturel limitent le choix des espèces analysées.

-  MATÉRIEL ET MÉTHODE

Le matériel d'étude caryologique (boutons floraux et jeunes racines) est prélevé sur les plantes cultivées au laboratoire (rosettes transplantées, graines semées). Les jeunes anthères fixées dans le mélange alcool absolu-acide acétique (3-1) sont étalées dans le carmin acétique ferrique. Les extrémités de racines, prétraitées à l'hydroxy-8-quinoléine puis fixées au mélange 3-1, sont colorées selon la méthode de Feulgen.

-  OBSERVATIONS

-  Euphorbia polygalifolia Bois. et B. subsp. vasconensis Vivant (VIVANT, 1970) :
Plante endémique du Pays basque français et méritant probablement d'être élevée au rang d'espèce tant elle diffère de la subsp. polygalifolia ibérique par ses longues tiges nombreuses et fines, par son ombelle pauciflore et par ses feuilles dont la taille s'accroît depuis le bas jusqu'au haut des tiges. C'est une hémicryptophyte calcicole de pelouses sèches ou de rochers lapiazés, sub-thermophile. Elle est rare. class="orange" Aux localités de St-.Jean-de-Luz et d'Irrissary déjà connues et fort menacées, il faut en ajouter deux autres plus récemment découvertes :
1) base du piton calcaire d'Arguimonhi près de Hosta, en Basse-Navarre ;
2) près de Tardets (Soule), au village d'Alçay ; bois clair de chêne pubescent, clairières et pelouses à Carex humilis et Filipendula vulgaris, entre les fermes de Laxumia et Houretahorda ; 550 m ; en début de floraison le 18/4/1974 (BOSC et VIVANT).
La plante étudiée en méiose possède une garniture haploïde (le 7 bivalents, 4 formés d'éléments très contractés et globuleux et 3 plus volumineux. Ces derniers présentent la particularité de se disjoindre en retard (phot. 3 et 4). Cette Euphorbiacée est diploïde puisque 7 (n) correspond à l'un des nombres de base connus chez le genre Euphorbia.

-  Alyssum arenarium Loiseleur (A. Loiseleuri P.F.) :
Endémique des sables littoraux découverts des côtes du S.O. de la France et du nord de l'Espagne.
Plante du Koelerion albescentis ayant pour compagnes des espèces plutôt thermophiles comme Helichrysum staechas, Sedum acre, Pancralium maritinum, Dianthus gallicus, Artemisia campestris subsp. maritima, Cistus salviaefolius et une autre endémique littorale : Astragalus baionensis.
En diacinèse, 16 bivalents morphologiquement très semblables sont constitués de masses chromatiques globuleuses. Cet aspect traduit la contraction maximum des bras de chromosomes et la terminalisation des chiasmas (phot. 7). Cette Crucifère à fleurs jaunes peut être considérée comme tétraploïde car n = 2x = 16.

-  Saxifraga cuneata :
C'est une endémique vasco-cantabrique avec une localité accidentelle découverte par P. DUPONT (un seul pied !) aux Pyrénées atlantiques françaises (Arette, en Barétous).
Ce Saxifrage du groupe des Daclyloïdes terminalifoliae présente une tige axillaire par rapport au tronc feuillé et des feuilles trilobées-mucronées, épaisses, coriaces.
Cette belle espèce semble aussi la plus thermophile des Saxifrages Dactyloïdes. Ainsi, en Navarre, elle descend à 600 m d'altitude sur les rochers calcaires à Euphorbia characias, Phagnalon sordidum, Lavandula latifolia, Dianthus hispanicus, Juniperus phoenicea de la vallée du rio Urrobi près de Nagore. On est dans l'étage du Chêne-vert.
On la trouve dans des conditions similaires au Mont Higa, près de Pampelune, près d'une station à Saponaria glutinosa, une plante géographiquement très isolée dans les Pyrénées navarraises.
Par contre, en province de Palencia, à la Pena Redonda au versant sud de la chaîne cantabrique, Saxifraga cuneata monte à 1.600 m d'altitude sur la crête de calcaire dur. On le récolte en compagnie de Saxifraga canaliculata Boiss. avec lequel il s'hybride (hybride anonyme in Hb. VIVANT).
Le nombre haploïde de bivalents diacinétiques (n = 19 ; phot. 9 et 10) observé chez cette Saxifragacée diffère du dénombrement antérieur de J.L. HAMEL : 2n = 26 pour des plantes récoltées en Espagne par M. ALLONGE et cultivées au Jardin alpin (1953).
La charge chromatique des 19 bivalents est inégale ; on note également une hétérogénéité de coloration sur la longueur des bras de chromosomes. Un ou deux bivalents possèdent un organisateur nucléolaire et 1 ou 2 nucléoles sont présents.

-  Geranium endressi Gay.:
Une des plus remarquables endémiques du Pays basque français, connue seulement de deux localités distantes à vol d'oiseau d'environ 14 km :
a) Versant sud du Causse des Arbailles à 950 m d'altitude au col Hilaré, commune de Mendive (Basse-Navarre). Localité classique. Le peuplement s'étend sur presque 2 ha de pâturages frais.
b) Pic d'Orhy, près de Larrau, en Soule (VIVANT, 1971). A 1.500 m d'altitude environ, le Geranium colonise le cirque de Zaspignan au N.O. du sommet du pic. Il abonde dans les pâturages luxuriants de pente, sur calcaire, à l'exposition nord. Il fleurit fin juillet avec Lilium pyrenaicum, Polygum bistorta, Geum pyrenaicum, Geum rivale, Thalictrum aquilegifolium, Armeria pubinervis, Epilobium durieui, Géranium silvaticum, Rumex arifolius, Hypericum burseri, etc.
C'est là, très certainement, le peuplement initial. Celui de Mendive correspond à la colonisation de pâturages conquis par l'homme aux dépens d'une hêtraie humide.
Des préparations de mitose et de méiose ont été réalisées à partir de la même plante. Dans les extrémités de jeunes racines, on dénombre 2n = 26 chromosomes qui présentent la particularité de posséder pour la plupart un petit segment hétérochromatique intercalé entre des segments peu colorables selon la technique de Feulgen (phot. 14).
En métaphase, ces chromosomes, qui ont subi un prétraitement de l'hydroxy-8-quinoléine, apparaissent nettement dédoublés (phot. 15) et la position des centromères est visible sous la forme d'un étranglement ou d'une bande claire. Dans les jeunes boutons floraux de cette Géraniacée pauciflore on peut dénombrer 13 bivalents peu différenciés morphologiquement. Ce nombre n = 13 correspond à l'un des deux dénombrements antérieurs : 2n = 26 par W. GAUGER (1937), 2n = 28 par E.F. WARBURG (1938).






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