Départ de l'herbier
Herbier au conservatoire
Réception officielle de l'herbier
Presse
Lien article Mr Sarsiat
Communication présentée à la séance du 11 février 1975. Manuscrit accepté le 15 mars 1975.
Résumé.
L'auteur décrit une nouvelle espèce de Gentiane à fleurs jaunes et la compare ensuite aux espèces Gentiana Burseri et G. lutea qui croissent également dans les montagnes des Pyrénées occidentales. La diagnose originale est accompagnée d'une planche avec dessins d'ensemble et de détail.
Quelques indications sont fournies sur l'écologie et la répartition géographique de cette nouvelle espèce.
1°) LA STATION CLASSIQUE DE Gentiana Montserratii
Au sud de Jaca, le bastion de la Peńa de Oroël (1769 m) élève ses formidables murailles de poudingues fluviatiles oligocènes provenant du démantèlement de la jeune chaîne pyrénéenne après sa surrection.
Les falaises mauves sont apparemment infranchissables sur les faces nord, ouest et sud de la montagne, mais les strates s'inclinent doucement à l'est, vers un col qu'emprunte la voie normale d'ascension.
De Jaca, une bonne route s'élève vers la Peńia à travers des dépôts de flysch éocène colonisés par la lande à Echinospartum horridum. Avant d'atteindre le col coté 1070 m, on laisse la direction de Bernues pour prendre à gauche une petite route qui longe à mi-pente le flanc nord de la Peńia.
Cette route conduit, à travers une forêt de Pinus sylvestris, à un restaurant ou « Parador » construit sur un aplomb rocheux.
De ce belvédère se détache à droite de la route le sentier assez fréquenté qui conduit facilement au sommet de la Pefia.
Le sentier monte par lacets à travers la belle pinède claire. Puis, vers 1400-1500 m, quelques hêtres et sapins se joignent aux pins et, vers 1600 m, on atteint le col. Il reste à franchir la lande maigre, immense, formée par les buissons bas, plans-convexes, très spinescents de l'Echinospartum horridum, pour atteindre le faîte que signale de loin une gigantesque croix de fer.
Le Penń de Oroël offre une grande richesse fioristique. Les botanistes anciens : ASSO, BUBANI, WILEKOMM puis SOULIÉ l'ont jadis visitée.
Mais on y découvre toujours des plantes inattendues comme l'Orchis Spitzelli inconnu aux Pyrénées et en Espagne, et que devaient récolter récemment MM. MONTSERRAT et AUQUIER.
Il en est de même pour cette Gentiane, repérée en juin 1974, et qui fait l'objet de notre propos.
Gentiana Montserratii n'est pourtant pas une plante rare. Elle abonde au contraire dans la pinède du flanc nord d'Oroël, et il semble difficile d'expliquer pourquoi elle a déjoué la sagacité des botanistes qui ont herborisé à la Peńa.
Peut-être ces derniers, pressés de gagner le sommet ou de scruter attentivement les falaises, ont-ils négligé l'exploration des approches ? Peut-être aussi la Gentiane fleurit-elle rarement ? Peut-être l'a-t-on confondue avec Gentiana lutea ?
Quoi qu'il en soit, en juin 1974, elle dressait en abondance dans toute la pinède ses tiges fleuries, soit dans le sous-bois, soit dans les coupes récentes. On la rencontrait au bord même du sentier d'ascension, et jusque dans la zone des sapins. Du haut de la falaise, on reconnaissait aussi divers peuplements accrochés aux rochers, ou croissant sur des vires inaccessibles, jusqu'à une altitude de 1600-1700 m.
Une nouvelle excursion, réalisée fin août, devait fournir des tiges fructifères avec capsules pleines de graines mûres.
La fréquence de la plante permet d'indiquer, sans danger pour la survie de l'espèce, la localité princeps d'Oroël.
2°) DESCRIPTION DE Gentiana Montserratii (1)
(1) Plante dédiée au Pr. Dr. Pedro MONTSERRAT-RECODER, botaniste phanérogamiste, agronome et écologiste, animateur zélé et accueillant du « Centro pirenaico de Biologia Experimental » de Jaca, auteur de très nombreux travaux concernant la flore et la végétation des Pyrénées espagnoles et sur l'amélioration des prairies et pâturages montagnards.
Plante vivace, herbacée, glabre, hémicryptophyte, mesurant 0,5 à 1 m. Souche épaisse, verticale chez les sujets jeunes, mais courtement rhizomateuse chez les individus âgés qui pratiquent ainsi la multiplication végétative. Plusieurs rosettes foliaires peuvent ainsi provenir d'une même souche.
Tiges aériennes fertiles grandes, dressées, raides, cylindriques, lisses, fistuleuses, et de la grosseur d'un doigt.
Feuilles grandes, simples, opposées, à limbe d'un vert-jaunâtre un peu glauque, à 5 nervures principales qui convergent au sommet, ce dernier aigu.
Les feuilles inférieures sont pétiolées, a petiole plan, à limbe largement ovale-lanceolé mesurant jusqu'à 35 cm de long et 10 cm de large ; les feuilles moyennes et les bractéoles supérieures sont plus petites, sessiles, embrassantes et largement lancéolées.
Fleurs grandes, assez peu nombreuses, longuement pédonculées, formant des verticillastres aux noeuds supérieurs en s'attachant soit isolément à l'aisselle des bractées, soit en constituant de petites cymes de 3-4 fleurs munies de deux bractéoles embrassantes, localisées au point d'insertion commun des pédoncules.
Verticillaste ou plutôt fausse-ombelle supérieure comportant dans l'axe une fleur à pédoncule très long et vigoureux, si bien que cette fleur est isolée au-dessus de la fausse-ombelle.
Pédoncules floraux mesurant 2-3 cm au moment de l'anthèse et 3,5-5 cm lorsque la capsule est mûre.
Corolle d'un beau jaune d'or à 6-7 pétales à peine soudés à la base, allongés, elliptiques-obovales ou subspathulés, bien arrondis ou obtus au sommet, plus dilatés dans le 1/3 supérieur, longs de 20-25 mm, larges de 6-10 mm.
Calice formant d'abord un sac clos membraneux, scarieux, translucide, éclatant par 1-2 fentes sous la poussée due au développement des organes floraux internes, et fournissant alors 1-2 spathes, marcescentes, diaphanes, blanchâtres.
Etamines libres attachées au fond de la corolle avec anthères plus longues que le filet.
Pollen subsphérique avec exine tres finement chagrinée et présentant 3 pores.
Capsule très accrescente mesurant finalement 3,5-5,5 cm, s'ouvrant par deux fentes longitudinales opposées, un peu stipitée.
Pétales et étamines marcescents, réfléchis sur le pédoncule capsulaire.
Graines très nombreuses, (soit deux rangées d'environ 50 graines chaque), plates, à contour ovale et présentant une aile large, complète, très finement réticulée.
Date de floraison : 2° quinzaine de juin à 1000-1400 m d'altitude au versant sud pyrénéen.
3°) DIAGNOSE LATINE ORIGINALE DE Gentiana Monserratii species nova
Planta robusta (50-100 cm alta), herbacea, glabra et spectabile ; rhizomate crasso (diam. x 4-10 cm), Longo (20-40 cm) et ramoso in rosulas plurimas terminato et praecipue caule unico florifero, fistuloso, cylindrico, stricto; erecto et folioso. Foliis 5 (7) nerviis, infimis maximis et subrosulatis, late-lanceolatis; net elliptico oblongis, in petiolum latum attenuatis ; reliquis sessilibus et lanceolato-amplexicaulibus.
Floribus (20-25 mm longis) longe pedunculatis, in axillas foliorum superioribus fasciculato-cymosis, laxioribus et minus numerosis quam in G. luteam ; apicalibus corymbo denso formantibus.
Peduncula longissima et in fructificatione accrescentibus (5-6 cm) Racemo fructifero elongato et nerticillato.
Corolla flava, immaculata ad basim usque in lobos (6-7) elliptico-obovatos, subspathulatos (20-25 X 6-10 mm) partita.
Calyx membranoso-spathaceo quam corollam dimidiato. Filamenta staminarum quam antheris breviora, saltem in antheris initio.
Capsula magna in frutificatione acrescente (3,5-5 cm longo) apiceque longe acuminato ; semina plana, alata, ovata, et cum ala tenuissime reticulata.
Habitat in monte Oroël dicto, circa Jaca (prov. Huesca), Pyrenaeus exterioribus aragonensibus, ad 1100-1650 m altitudine, in pinetis vel abietis humidis sed siccis in aestate, ad septentrionem versus, solo calcareo-glaeroso consolidato, superficialiter alterao (nitrificatione activissima) et sylvarum regeneratione fuciente.
Typus : Hb. Museum Nat. Hist. Nat. Paris, leg. J. VIVANT. Holotypus Hb. VIVANT ; lectotypus Hb. JACA 11° 2736/70 et 3564/72, legit. P. MONTSERRAT.
A G. Burseri valde differt. G. lutea affine sed ab ea differt : Capsula et peduncula longioribus cum partibus corollarum majusculis latioribus et obtusioribus ; planta robustiora et antheris longioribus, filamenta superanlibus. Area minuta in Oroël (4 km et exigues in umbrosis Punton de Guara, 1800 m alt.
In Valle de Tena, supra Salieni (Formigal, Sobas, etc.) G. lutea typica videtur, praecipue in humidis circa fontes et rivulis, 1500-1700 m ut in Urbion (Soria).
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