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Dryopteris oreades Fomin (= D. abbreviata Auct. non DC.)
et Asplenium Csikii Kiimmerle et Andrastovski
dans les Pyrénées occidentales franco-espagnoles



Séance du 25 avril 1975. Manuscrit accepté le 10 mai 1975.

Résumé.
L'auteur propose la désignation Dryopteris oreades Fomin pour le Dryopteris abbreviata sensu Flora Europaea non DC. et justifie le changement de nomenclature.
Il indique brièvement les caractères morphologiques du D. oreades, précise la répartition de cette Fougère dans les Pyrénées-Atlantiques et fournit quelques renseignements sur l'écologie de la plante.
Asplenium Csikii est signalé de la vallée du rio Iraty en Navarre.

- PREMIÈRE PARTIE

Présence de Dryopteris oreades Fomin dans les Pyrénées-Atlantiques

a) JUSTIFICATION DE L'EMPLOI DU BINÔME Dryopteris oreades FOMIN

Alors que les Flores françaises de COSTE et FOURNIER ignorent « Dryopteris abbreviata (DCA Newman, 1854 », Flora Europaea nous fait connaître cette espèce de premier ordre pourtant présente dans notre pays, Corse y compris.
Dryopteris abbreviata est fondé sur Polystichum abbreviatum décrit pal A.P. DE CANDOLLE en 1805 (A. P. DE CANDOLLE in Lmk et DC., FI. française, 3e éd., II, 560, Paris (1805)).
L'échantillon-type, présent dans l'Herbier du Conservatoire de Genève, comporte seulement un fragment de segment stérile avec en tout 13 pinnules. Il mesure 4 cm de long. Mais, dans la brève diagnose que donne DE CANDOLLE pour son Polystichum abbreviatum, on relève une indication à la fois précieuse et étonnante : « Cette plante a été trouvée dans les Landes par les DUFOUR et THORE ».
Indication précieuse, car on sait que le naturaliste landais Léon DUFOUR, médecin de sa profession dans la petite ville de Saint-Sever, ami et correspondant de DE CANDOLLE, possédait un herbier présentement conservé au Jardin botanique de Bordeaux. Indication étonnante, car pour des raisons écologiques il semble difficile d'admettre l'existence du Dryopteris abbreviata, sensu Flora Europaea, dans le département des Landes.
La clef de l'énigme devait être cachée dans l'herbier de Léon DUFOUR. Elle s'y trouvait effectivement, matérialisée par 4 frondes complètes, en bon état malgré leur âge vénérable, du Polystichum abbreviatum DC., la plante provenant bien de Saint-Sever dans les Landes.
Or, le Polystichum abbreviatum DC. n'était pas autre chose qu'un petit Dryopteris pseudo-mas (Wollaston) Holub et Pouzar (1967) (= D. Borreri Newm.) (Détermination confirmée par les ptéridologues A. JERMY et T. REICHSTEIN qui ont examiné une fronde provenant de l'Herbier L. DUFOUR à Bordeaux.).
D'ailleurs, ce résultat pouvait être prévu : d'abord parce que l'échantillon-type de Genève présente des pinnules subentières et subtronquées comme celles du Dryopteris pseudo-mas, ensuite parce que, dans la diagnose que donne DE CANDOLLE, il n'est nullement fait mention de la glandulosité de Polystichum abbreviatum alors que le D. abbreviata sensu Flora Europaea est bien connu comme étant glanduleux.
DE CANDOLLE avait pourtant raison de voir dans la fougère de Saint-Sever une unité taxonomique nouvelle car, à l'époque (1805) le Dryopteris Borreri n'avait pas été encore distingué du Polypodium Filix-mas de Linné.
Il semble donc évident qu'un changement de nomenclature doive s'imposer à propos du Dryopteris abbreviata Auct. mult. non DC.
Une solution se révèle assez simple puisque cette plante possède un synonyme connu. Il s'agit de Dryopteris oreades Fomin (Le Moniteur du Jardin Botanique de Tiflis, livraison 18, p. 20 (1910)), plante décrite en 1910 à partir d'échantillons provenant du Caucase et bien représentée dans divers grands herbiers dont celui de Berlin.
S'il n'est pas découvert un nom plus valable car antérieur, nous proposons d'adopter pour désigner la plante que les botanistes ont en vue sous le nom de « Dryopteris abbreviata » le nom de Dryopteris oreades Fomin.

b) DESCRIPTION SOMMAIRE DU Dryopteris oreades FOMIN (= D. abbreviata AUCT. non DC.)

Plante de taille basse à moyenne, mesurant en général 30-50 cm (exceptionnellement 1,20 m), remarquable par sa souche à frondes très nombreuses (plusieurs dizaines en général), à limbe de consistance ferme.
Frondes relativement étroites et à pétiole assez court avec segments supérieurs un peu crépus et très souvent relevés vers le haut, souvent concaves sur leur face supérieure avec section transversale en J majuscule.
Ecailles du pétiole et paillettes du limbe concolores assez claires.
Pinnules nettement dentées, mais non nettement tronquées au sommet qui est arrondi ou un peu aigu.
Sores petits, 1 mm de diamètre, souvent peu nombreux (mais parfois 10 par pinnule sur les exemplaires vigoureux). Jeunes frondes à glandulosité odorante mais fugace.
Glandes persistant toutefois chez les frondes adultes sur le bord des indusies, ces glandes étant toujours bien visibles avec l'aide de la loupe binoculaire ou mieux du microscope.
Sexualité normale : nombre chromosomique : 2 n = 82.

C) LOCALITÉS DES PYRÉNÉES-ATLANTIQUES

1) Pays basque de Haute-Soule.

Près de Sainte-Engrâce, le pic siliceux du Lakhoura, constitué principalement de poudingues polygéniques d'âge crétacé, présente un versant nord creusé de cirques glaciaires avec vestiges de moraines surtout près du piton coté 1.749 m.
Dans les accumulations de blocs le Dryopteris oreades n'est pas rare en compagnie de Dryopteris dilatata. Une lande à Vaccinium Myrtillus, Vaccinium uliginosum, Gentianes Burseri envahit aussi le chaos rocheux, tandis que les déjections pierreuses voisines se peuplent de Festuca Eskia, Cryptogramma crispa, et que, sur les rochers, prospèrent Agrostis Durieui, Silene rupestris, Cardamine resedifolia.





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