Départ de l'herbier
Herbier au conservatoire
Réception officielle de l'herbier
Presse
Lien article Mr Sarsiat
* Table ronde de Phytochorologie du 17 décembre 1971.
Résumé.
Geranium Endressi, espèce endémique du Pays basque français, possède une aire de répartition des plus circonscrites. La découverte d'une nouvelle localité où la plante est très abondante permet de mieux comprendre l'écologie de cette remarquable espèce.
RICHTER nous a rapporté il y a bientôt cent ans diverses anecdotes
concernant la découverte de cette espèce.
Elle est due à M. DARRIEUX qui fut médecin et maire à Saint-Jean-
Pied-de-Port. Il envoya la plante à GAY dès 1827. Plus tard, en 1831,
ENDRESS vint la quérir aux Pyrénées gràce à un plan topographique
minutieux fourni par DARRIEUX.
GAY, en 1832, devait finalement décrire la nouvelle espèce mais en la dédiant à ENDRESS, et non à « l'inventeur », comme le fait remarquer amèrement RICHTER.
A la fin du X1X" siècle on ne connaissait pratiquement que deux localités du Geranium endressi.
- 1°). Près de Mendive, au col Hilaré, (DARRIEUX), avec quelques petits peuplements dans la montagne immédiatement voisine (RICHTER).
- 2°). Près d'Hendaye ou Irun ; plus précisément : « Sur (sic) la route de Biarritz à Saint-Sébastien, à 12 lieues de l'une et de l'autre ville » (DE FRANQUEVILLE.).
On peut penser que cette dernière localité, au bord d'une route très fréquentée et souvent élargie, n'existe plus depuis fort longtemps.
Toutefois, il y a quelques années, PARROT reconnaissait ce Geranium sur les bords d'un étang, au sud-est de Biarritz, mais les quelques pieds observés ne devaient pas se maintenir.
Cependant, diffusée par les horticulteurs, la plante ornait les jardins de rocailles. On l'hybrida même avec Geranium versicolor L. balkanique.
Elle devait localement se naturaliser, en particulier en Belgique et aux îles Britanniques.
Il n'empêche que notre belle endémique ouest pyrénéenne restait toujours extrêmement localisée au Pays basque même. C'est une plante encore fort peu connue.
Avec discrétion, de rares botanistes initiés communiquaient, de loin en loin, les coordonnées géographiques de la station à d'autres confrères tout aussi discrets.
C'est que le col Hilaré ne figure plus sur aucune carte. Il n'est même plus connu sous ce nom par les bergers indigènes.
Les collecteurs privilégiés qui ont pu voir la plante dans sa station du col Hilaré, sur le versant sud des Arbailles, à la limite de contact entre le calcaire crétacé du causse et les soubassements de poudingues anciens contact marqué par des suintements et des colonies de joncs, se sont sans doute étonnés de rencontrer une plante très rare dans une lande banale à Ajonc nain et Fougère aigle.
Oui, l'on était déçu après la longue promenade... Il y avait là une énigme.
La présence de ce Geranium, dans un pâturage ordinaire, écologiquement mal défini, démentait une vérité phytogéographique : en général toute espèce remarquable croît dans un site géographiquement ou écologiquement exceptionnel. Rien de tel au col Hilaré. Le botaniste herborisant demeurait perplexe, insatisfait. La station ne semblait pas naturelle.
Et, en réfléchissant, on pouvait bien penser que cette station correspondait à une colonisation relativement récente. Car on était dans le climax du Hêtre. Donc le peuplement était postérieur à la destruction de la forêt par la hache et le feu. Donc l'installation du Geranium était postérieure à l'établissement du pâturage. Donc le Geranium était venu d'ailleurs, et cette colonie, aussi bien que les éphémères colonies de la plaine, devait se trouver sur la route des troupeaux transhumants.
En effet, la station naturelle du Geranium Endressi n'est pas celle de Mendive. La plante pousse spontanément plus au sud et plus haut, à quelque 20 km de là, près de l'Orhy.
On peut finalement considérer le Geranium endressi comme une espèce des prairies subalpines établies au-dessus de la hêtraie, sur des pentes rocailleuses calcaires, assez fraîches car exposées au nord, et vers 1500 m d'altitude. Un petit cirque de la Haute-Soule abrite le magnifique peuplement méconnu. Là, en très grande abondance, sur une surface correspondant à 2 hectares, le Geranium endressi ouvre toutes ses grandes corolles roses égayant un milieu naturel intact dont il est indubitablement le joyau.
Et les voici, dans les pentes oubliées par les botanistes, toutes les vraies compagnes du Geranium endressi : Salix pyrenaica, Carex sempervirens, Lilium pyrenaicum, Avena montana, Statice pubinervis, Rannneulus gouani, Anemone alpina, Anemone narcissiflora, Aquilegia pyrenaica, Thalictrum agailegifolium, Geranium silvaticum, Rosa alpina, Geum pyrenaicum, Geum rivale, Alchemilla hoppeana, Rhamnus alpina, Veronica gouani, Bartschia alpina, Carduus medius. Et Chenopodium bonus-henricus nous indique que le cirque est bien visité par les troupeaux.
Ces Rumex arifolius All. et Rubus saxatilis L. étaient-ils connus du Pays basque ? Probablement pas...
Et ce Pyrénolichen muscicole aux squamules granuleuses coralloïdes ? C'est Agonimia tristicula (Nyl.)Zahlbr. des montagnes froides de l'Europe et qui n'avait pas été signalé encore en France (déter. vérifiée par MM. (CLAUZADE et ROUX).
Enfin un ravin secondaire avec quelques hêtres abrite une belle colonie du Leucanthemum maximum Ramond, autre plante rare endémique pyrénéenne, qui atteint ici 1400 m d'altitude, et, peut-être, sa limite ouest.
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
FERGUSON (I. K.) et WEBB (D. A.), 1968. - Geraniaceae. Floru Europuco, 2, 190. Cambridge.
RICHTER (T. A.), 1880. - Herborisations au pic de Béhorléguy. Bull. Soc. bot. Fr. ; Session extraordinaire à Bayonne.
ROUX (G.), 1887. - Flore de France, 4, 83, Paris.
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