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Sur quelques Fougères de Corse



Résumé.
Cheilanthes fragans race neglecta Asnavour existe en Corse et sur le continent. Dryopteris villarii est douteux pour l'île. Dryopteris abbreviata (D.C.) Newman n'est pas une espèce de bon aloi. Botrychium lunaria est présent en Corse.

La Corse possède trois Fougères très rares en France méditerranéenne littorale :
- Pteris cretica localisé surtout dans le nord de l'île
- Notochlaena vellea rarissime près d'Ajaccio
- Scolopendrium Hemionitis dont on peut voir de magnifiques touffes en plusieurs endroits abrités d'un ravin calcaire près de Bonifacio.

- La plus belle de nos Ptéridophytes : Woodwardia radicans, fut anéantie sitôt découverte dans deux localités du ravin de Sisco. Fort heureusement subsistent ailleurs quelques peuplements, dont l'un comportant une quinzaine de touffes de toute beauté.
- Asplenium obovatum est partout commun dans les rochers soliceux du littoral mais l'espèce voisine Asplenium billoti (= A. lanceolatum) demeure rare. On peut la rencontrer dans un ravin de droite du défilé de la Scala Santa Regina (J. PRUDHOMME, J. VIVANT, 31 juillet 1968).
- Si l'on veut cueillir de magnifiques exemplaires de l'Asplenium marinum, c'est dans les rochers sauvages de l'île Lavezzi qu'il faudra les chercher.
- Aspidium aculeatum race hastulatum Kunze se rencontre en remontant la vallée de la Restonica.
- Polypodium australe forme cambricum (à segments inférieurs pinnatifides prospère dans le chaos de grands rochers gratitiques au pied du versant nord du massif de la Trinité de Bonifacio.
- Dryopteris borreri m'est connu des environs de Ghisoni, dans un ravin coupé par la route qui conduit au col de Sorba.
- J'ai récolté Notochlaena marantae aux beaux peuplements du ravin de l'Inzecca sur les serpentines, et aux environs de Ponte-Leccia : localités classiques.
- Gymnocarpium dryopleris (Dryopteris linneana) passe pour très rare ; je l'ai rencontré dans la forêt de l'Ospedale d'où il ne semble pas signalé.
- Botrychium lunaria n'est sans doute pas cité de l'île. Pourtant on peut le récolter dans des pâturages subalpins au-dessus de Pozzi du Renoso (J. PRUDxOMME, J. VIVANT, 28 juillet 1968). Par ailleurs, Mme CONRAD m'a assuré (in lift) l'avoir récolté près du fort de Vizzavona (1).
(1) Le Botrychium matricariaefolium (Retz) A. Braun a été repéré en Corse au cours de l'excursion de la Société royale de Botanique de Belgique en 1970 (N.D.L.R.).

Mais deux Ptéridophytes de Corse ont suscité mon intérêt. Il s'agit d'un Cheilanthes et d'un Dryopteris.

- 1°) Le Cheilanthes sp. ? fut recueilli par moi-même dans le sud de l'île, près de Pianottoli-Caldarello, au mont Mélèse (140 m), dans des rochers granitiques fort difficiles d'accès, car cernés d'un maquis dense.
Les frondes, assurément, sont parmi les plus grandes qui aient été récoltées chez les Cheilanthes du groupe fragrans, car elles atteignent la taille de 35 cm alors que les dimensions de 3-15 cm sont admises pour les frondes de cette espèce.
Comparant mes échantillons corses avec ceux du continent en provenance de Grasse (A.-M.), il me semblait évident que le Cheilanthes de Corse devait appartenir à une race particulière. De nombreux caractères : taille, très long pétiole nu, forme ovale du limbe, indusie entière, éloignaient presque spécifiquement le Cheilanthes de Corse de mes petits exemplaires continentaux, à court pétiole très écailleux, limbe étroitement lancéolé, indusie ciliée-laciniiée.
Mais la Flore de France de Rouv indiquait en Corse une race : Cheilanthes madeirensis Lowe à indusie entière. Je rapportai donc provisoirement le Cheilanthes du mont Melèse à Cheilanthes madeirensis.
Mais, ultérieurement, consultant l'ouvrage « Flora europaea », j'apprenais qu'il existait un ibérique Cheilanthes hispanica Mett., différant surtout du Ch. fragons par son long pétiole, sa fronde plus deltoïde et par ses poils roux situés à la page inférieure du limbe. Or, examinée à la loupe binoculaire, la fronde du Cheilanthes de Corse présentait précisément des poils roux glanduleux !
S'agissait-il vraiment du Cheilanthes hispanica, c'est-à-dire d'une espèce nouvelle pour notre pays ? Quelques ptéridologues le présumèrent, d'autres en doutaient.
Il importait donc de comparer minutieusement cette Fougère à d'authentiques exemplaires de Cheilanthes hispanica et de Cheilanthes madeirensis.
Grâce à l'obligeance du R.P. LAINZ (Gijon) et du Pr REICHSTEIN (Bâle), je reçus les spécimens désirés.
La plante de Corse ne pouvait se rattacher ni à l'un ni à l'autre de ces Cheilanthes.
De plus, utilisant le matériel d'étude fourni par divers confrères (MM. BOUCHARD, BOSC, ENGEL, LE BRUN), je me persuadai vite que mon énigmatique Cheilanthes était répandu dans toute la Corse (Bastia, Porto-Vecchio, etc.), mais avec une taille sensiblement plus réduite.
D'autre part, ce Cheilanthes était également installé sur le continent : Var (Hyères), Pyrénées-Orientales (Banyuls), Haute-Garonne (Cazaril). Il semblait même plus répandu que la plante type que j'avais récoltée à Grasse par un heureux hasard.
Fallait-il donc décrire une race nouvelle de Cheilanthes intermédiaire entre Cheilanthes hispanica et Cheilanthes fragans, race qui avait été méconnue en territoire français ?
J'hésitais encore, voulant accroître ma documentation. Finalement, je trouvai la solution en examinant les très riches collections du Conservatoire botanique de Genève. Là, pendant plusieurs heures, j'ai pu étudier à loisir les centaines de parts d'herbier de Cheilanthes du bassin méditerranéen.
Et j'eus la joie de reconnaître un Cheilanthes en tous points identique à celui de Corse dans une part en provenance... de Constantinople 1 (île de Paliambello Prinkipo A.. sans doute de la mer de Marmara (?)). Et, surtout, la plante était déterminée ainsi: Cheilanthes fragans race neglecta Asnavour.
De la main de l'auteur, rédigée en français, on pouvait lire sur l'étiquette l'annotation suivante : « Forme à frondes à face inférieure semée de poils roussâtres se rapprochant peut-être du Cheilanthes hispanica Mett. » De plus, fort heureusement, l'auteur avait ajouté une indication de référence relative à une de ses publications parue en 1911 dans une revue hongroise de botanique.
M. CHARPIN, Conservateur des Herbiers de la ville de Genève, devait, par la suite, me procurer la photocopie du travail de G. V. ASNAVOUR (Contantinople).
Mon étonnement fut grand de lire dans une note infra-paginale ces lignes, qui, on le comprend, ont dû échapper à la connaissance des botanistes français : « Je possède aussi un échantillon unique de cette variété en provenance du Vallon des Abeilles (Pyrénées-Orientales) ; legit Ch. FLAHAULT 1895 ».
Ainsi, le Cheilanthes de Corse doit se nommer : Cheilanthes fragans (L.) Swartz race neglecta Asnavour.
De très beaux exemplaires de cette même race, représentés dans l'Herbier du Conservatoire de Genève, proviennent des environs de Bagnères-de-Luchon ; rochers de Las Pennes, à Cazaril (Haute-Garonne).
Mais, si la détermination du Cheilanthes de Corse se trouvait heureusement résolue, l'examen, à Genève, d'un nombre considérable de Cheilanthes devait m'amener à réfléchir sur la véritable position systématique du Cheilanthes hispanica Mett.
Selon MM. JERMY et H. P. Fucus, auteurs qui ont traité du genre Cheilanthes dans Flora europaea, le Cheilanthes hispanica diffère surtout du Ch. fragans par la présence de nombreux poils glanduleux roux à la page inférieure du limbe, et par un pétiole particulièrement allongé.
Ainsi, en utilisant les chefs de Flora europaea, on est fatalement conduit à déterminer le Cheilanthes fragans race neglecta comme un Ch. hispanica, ce qui constitue une erreur.
En fait, Ch. hispanica se distingue surtout par son limbe presque losangique avec des premiers segments longs et ascendants et par sa très dense fourrure de poils roux à la face inférieure du limbe, alors que Ch. fragons neglecta possède un limbe ovale et des poils roux peu abondants, ou rares, ou presque nuls.





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