Départ de l'herbier
Herbier au conservatoire
Réception officielle de l'herbier
Presse
Lien article Mr Sarsiat
Résumé.
L'auteur examine le cas de diverses plantes méconnues ou douteuses, en particulier Allium commutatum, Carex intricata, Erigeron uniflorum et donne des indications sur des espèces et localités nouvelles pour la Corse.
1) SUR QUELQUES PLANTES
DONT LA DÉTERMINATION MÉRITE D'ÊTRE RECTIFIÉE
Nos observations concernent des plantes appartenant aux genres : Dryopteris, Festuca, Allium, Acacia, Genista.
a) Dryopteris villarii (Bellardi) Woyar (= D. rigida Underw.) a été signalé par J. BRIQUET sous la forme typique au mont Cinto et dans les vernaies du col de Verde, c'est-à-dire dans des stations inhabituelles pour une Fougère de fentes de lapiez.
M. A. CHARPIN, Conservateur des Herbiers de la ville de Genève, a bien voulu, à ma prière, examiner les échantillons autrefois recueillis par J. BRIQUET.
Il se trouve que ces mêmes spécimens ont été revus en 1952 par le ptéridologue britannique M. A. H. ALSTON qui les a annotés comme suit : «It is Dryopteris abbreviata (DC.) Newmann ».
Retenons simplement que l'espèce type D. villarii n'existe pas en Corse.
La question de savoir si les échantillons de BRIQUET doivent être effectivement rapportés au D. abbreviata est un tout autre problème qu'il ne convient pas de traiter ici.
Par contre, il est certain que la sous-espèce D. villarii (Bellardi) Woyar ssp. D. pallida (Bory) Heywood appartient bien à la flore corse car elle existe à Omessa, dans les lapiez, près de la chapelle San Angelo à 1.100-1.180 m.
M. A. CHARPIN ne signale que les spécimens d'Omessa récoltés par J. BRIQUET, nommés par ce dernier D. rigida var. australis Briquet (= D. villarii ssp. pallida), sont tout à fait identiques aux échantillons de cette sous-espèce
provenant de Sicile et de Sardaigne et conservés à Genève dans l'Herbier BURNAT.
b) Festuca halleri All. est indiquée dans les hauts sommets de la Corse par les flores de GRENIER et GODRON, COSTE, ROUX, et par le « Prodrome de la Flore de Corse ».
Ces mêmes ouvrages n'y signalent pas Festuca alpina qui croît pourtant au mont Cinto et au Capo al Berdato.
Soupçonnant une possible erreur de détermination commise par d'anciens auteurs, je fis vérifier la détermination de mes échantillons par les agrostologues: M. M. BIDAULT et Mme MARKGRAF-DANNENBERG.
Ils m'apprirent ainsi qu'effectivement Festuca halleri n'existait pas dans l'île et qu'elle avait été confondue avec F. alpina.
La Fétuque de Corse est d'ailleurs une micro-endémique : Festuca alpina Suter var. briquetii St-Yves.
c) Allium ampeloprasum L. et A. polyanthum Boreau (= A. multiflorum DC.) sont tous deux signalés dans l'île. Personnellement je ne les y ai pas récoltés mais soupçonne qu'ils ont été confondus par divers auteurs avec un Allium du même groupe resté méconnu pour la Corse et notre pays.
II est difficile de déterminer sur le terrain ou en herbier les grands Allium à feuilles planes. Les caractères tirés de la seule observation des fleurs ou des fruits sont insuffisants. On doit aussi soigneusement étudier la structure du bulbe, bien observer les feuilles et la spathe.
Or, le plus souvent, lorsque chez ces Allium la floraison s'amorce, les feuilles sont sèches et détruites, tandis que la spathe, caduque, s'est perdue.
Aussi, depuis quelques années, cultivons-nous côte à côte : Allium ampeloprasum, de Charente-Maritime (envoyé par M. L. RALLET), A. polyanthum (talus en bordure des vignobles près de Vauvert dans le Gard), Allium sp. des côtes méridionales de la Corse (Pianottoli-Caldarello).
Ce dernier Allium avait attiré notre attention d'abord par le seul aspect de son appareil végétatif, puis par l'originalité de son écologie.
Il croît, en effet, toujours très près de la mer, sur des sols très maigres indifféremment calcaires ou siliceux : grèves, rochers, falaises, dans les endroits battus par le vent et recevant plus ou moins les embruns, formant parfois des populations très denses, fructifiant rarement, se multipliant surtout par les gros caïeux inclus dans le bulbe.
Les petites îles constituent son habitat de prédilection. Certaines même lui doivent leur nom : Isoletta del Porro du groupe des îles Sanguinaires, île de Porrajia du golfe de Figari, île de Porragia du groupe des Lavezzi.
M. G. Bosc m'a assuré que cet Allium prospérait encore aux îles Cerbicales près de Porto-Vecchio et Mme M. CONRAD m'a signalé qu'un Allium indéterminé, abondant, peuple l'île de la Giraglia au nord du Cap Corse.
J'ai prélevé d'abord pour culture cet Allium d'un éperon rocheux situé un peu au sud des marais de San Giovani à l'entrée ouest du golfe de Figari. Par la suite j'ai revu cette plante abondante sur la côte ouest de ce même golfe, puis sur la côte du golfe de Ventilègne ; je l'ai encore repéré sur les falaises calcaires et rochers éboulés près de Bonifacio, sur les rochers granitiques portant la tour de la Parata en face des îles Sanguinaires et enfin dans la grande île Lavezzi.
Mlle C. ZEVACO m'a montré des photographies d'un Allium très semblable croissant sur les côtes de la Sardaigne.
Signalons que cet Allium, à saveur douce, est comestible et que les pêcheurs vont occasionnellement le quérir pour la consommation familiale.
La présence de ce Poireau dans les secteurs les plus déshérités et les plus isolés est un argument en faveur de la spontanéité de cette plante en Corse.
Par contre les Allium ampeloprasum et A. polyanthum du continent semblent au contraire naturalisés depuis fort longtemps dans des régions de grande culture.
Mais cet Allium de Corse diffère-t-il sensiblement des deux espèces précédentes pour qu'on puisse le considérer comme une espèce distincte, et si oui, comment le nommer ?
Il semble qu'on puisse répondre affirmativement à la première question et que l'on doive considérer cet Allium comme une espèce centro-méditerranéenne décrite des environs de Naples : Allium commutatum Gussone.
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