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Gennaria diphylla (Link) Parl.,
Orchidée nouvelle pour la Corse (*)



* Séance du 15 octobre 1965.

Résumé.
Cette Orchidée ouest-méditerranéenne existe en Corse à basse altitude, dans un maquis siliceux du sud de l'île. On la connaît aussi du nord de la Sardaigne. Sa présence en Corse offre un argument de plus en faveur de l'hypothèse d'une connexion des deux îles durant le Quaternaire.

SYNONYMIE (5).
- Gennaria diphylla (Link) Parl., Flor. Ital. III. (1858) p. 105.
- Satyrium diphyllum Link, in Schrad. Journ. II (1799) p. 323.
- Orchis cordata Willd ; Spec. Pl. IV. (1805) p. 27.
- Habenaria cordata R. Br., Prodr. (1809) p.:312.
- Gymnadenia diphylla Link, Handb. I. (1829) p. 213.
- Herminium cordatium Ldb., Bot. Reg. (1832) p. 1199.
- Peristylus cordatus Ldb., Gen. et Spec. Orch. (1835) p. 298.
- Digomphotis cordata Hahn., Flor. Tellur. II. (1816) p. 37.
- Plalanthera diphylla Rchb. f., Flor. Germ. XIII. (1851) p. 128, L. 81.
- Coeloglossum corda/11m Nym., Syli. (1865) p. 359.
- Habenaria diphylla Dur. et Schinz., Consp. Fl ; Af. (1895) p. 1892.
- Coeloglossum diphyllum Fiori et Parl., Flor. Ital. (1898) p. 218.

DESCRIPTION.

Plante herbacée, terrestre ou saxicole, dressée, vivace, de 13-35 cm de haut, à tubercules oblongs tige raide ou presque raide, à base faiblement engainée, bifoliée vers le milieu, cylindrique, glabre, ayant environ 6 mm de diamètre jusqu'à la feuille inférieure ; feuilles étalées ou étalées-dressées, sessiles largement ovales ou ovales-cordées, plus ou moins acuminées, à base amplexicaule, l'inférieure mesurant :3,5 à 8 cm de long, et 3 à 6 cm de large au-dessous du milieu, la supérieure sensiblement plus petite ; internoeud mesurant 2,5-6 cm. Grappe florale dressée, densément multiflore, unilatérale, mesurant près de 10 cm ; bractées étalées-dressées, ovales-lancéolées, acuminées, herbacées, égalant ordinairement l'ovaire ou parfois le dépassant un peu ; fleurs étalées-dressées, petites, glabres ; sépales oblongs, obtus, uninervés, mesurant 3,5-4 mm de long ; pétales assez dégagés, étroitement et obliquement oblongs-elliptiques, légèrement rétrécis et épaissis au sommet, dépassant très faiblement les sépales ; labelle à base semi-ovale, concave, trilobé dans son tiers antérieur, orné devant l'orifice de l'éperon d'un épaississement obscurément réniforme ; presque aussi long que les sépales lobes latéraux subaplanis, obliquement oblongs-triangulaires, subaigus ou légèrement obtus, le lobe intermédiaire plus ou moins incurvé, ovale obtus, presque deux fois plus longs que les latéraux ; éperon incurvé, petit, obovoïde, très obtus, très légèrement comprimé dorsalement, plu-sieurs fois plus court que l'ovaire ; gynostème de forme particulière ovaire sessile, oblong-subfusiforme, glabre, légèrement tordu, mesurant 5-6 cm de long (5)..

Gennaria diphylla (Link.) Part.
- FIG. 1. Plante entière x 1/2; FIG. 2. Fleur vue de profil x 4, 5 ; FIG. 3. Fleur vue de face x 4, 5 ; FIG. 4. Gymnostème vu de profil ; FIG. 5. Labelle et pièces pétaloïdes (les deux dernières figures sont extraites d'une planche de KELLER et SCHLECHTER).

Gennaria

HABITAT :
Selon CAMUS : Lieux ombragés et herbeux, fissures des rochers, broussailles, maquis ; souvent sous les Lauriers, les Lentisques les Pins, les Jujubiers (1).

REPARTITION GÉOGRAPHIQUE :
Genre monotypique endémique dans l'ouest de la Méditerranée et au Maroc : Portugal (5 localités mentionnées) Espagne méridionale (4 localités dont Gibraltar) ; Maroc (Tanger) Madère ; Canaries ; petites îles entre la Corse et la Sardaigne : Isola della Maddalena (Monrs), Isola di Caprera (Gennari) ; Sardaigne près de Santa Teresa Gallura et Arcip ; Algérie (Oran, Guyotville, Sidi-Ferruch etc.).

CIRCONSTANCES DE LA RÉCOLTE DE Gennaria EN CORSE.
LOCALITÉ. STATION.

Dans le sud de la Corse, entre Bonifacio et Rocapina, la carte révèle une côte incisée, inhospitalière, déserte à souhait et qui n'a guère retenu l'attention des botanistes fascinés par l'évidente richesse floristique de la plate-forme calcaire miocène de Bonifacio.
Du fond du Golfe de Ventilègne montent les fortes exhalaisons des amoncellements des Posidonia croupissantes.
Le touriste s'éloigne de ces émanations putrides.
Mais au-delà du Golfe de Figari, le petit village de Pianottoli-Caldarello semble une base favorable pour excursions.
Le littoral offre des milieux naturels contrastés : promontoires granulitiques abrupts, plages de sable fin ourlant, côté mer, les petites lagunes et les marécages ; enfin le maquis est encore épargné par la frénésie du défrichement.
Ne pourrait-on découvrir par exemple, sur ces rochers siliceux maritimes, la très rare et vernale Nananthea perpusilla, curieusement localisée en Corse, dans les îles Lavezzi et Grande Sanguinaire ?
C'est afin de vérifier cette hasardeuse hypothèse que j'ai visité, sans succès d'ailleurs, quelques kilomètres de côte rocheuse aux environs de Pianottoli.
Heureux hasard ! Au lieu de la problématique mais espérée Nananthea, voici Gennaria inattendu dans un maquis, entre le Golfe de Ventilègne et la Trinité de Bonifacio. Un unique pied, dans les rochers, à une dizaine de mètres d'un vague sentier, rejoignant à 1 km plus au nord, la route N. 196.
Des circonstances défavorables : heure tardive, temps maussade, méconnaissance initiale de l'intérêt de la récolte, m'ont empêché de rechercher si d'autres pieds de Gennaria prospéraient au voisinage, et de noter sur place la composition floristique de l'association.
De nouvelles recherches permettront sans doute de repérer d'autres localités corses et de mieux préciser les conditions écologiques des stations.
J'ai récolté le Gennaria dans un petit vallon granulitique descendant vers la mer. Les pentes rocheuses un peu chaotiques étaient colonisées par un maquis assez franchissable à Pisfachia lentiscus, Marius commuais, Calycotome villosa, Erica arborea, Cislus monspeliensis, Lavandula stoechas...
Le Gennaria en pleine floraison (14-04-65) prospérait sur sol maigre, entre les rochers, à mi-pente exposée à l'est.
Peu de plantes herbacées : le Carex Halleriana nain et pauciflore, Hyacinthus Pouzolzii ouvrant ses corolles pâles, Vicia atropurpura se hissant sur quelque maigre broussaille. Non loin de là, les embruns mouillaient des dalles à Evax rotundata.
Le secteur est isolé, la végétation primitive. On peut considérer le Gennaria comme une espèce très rare mais bien spontanée. Les stations sardes voisines, concernent sans doute les collines bleutées de Gallura, visibles de l'autre côté des Bouches-de-Bonifacio, à moins de 25 kilomètres.

INTERET DE LA RECOLTE.

Il s'agit d'une espèce nouvelle pour la flore française.
De plus, sa localisation dans le sud de la Corse tout comme dans l'extrême nord de la Sardaigne (1), suggère l'hypothèse d'une ancienne connexion entre les deux grandes îles.
Les cartes paléogéographiques de la Méditerranée occidentale de FURON pour le tertiaire et de GERMAIN pour le quaternaire montrent de fréquentes réunions des deux blocs insulaires (2).
FORSYTH-MAYOR a essayé de démontrer, à l'aide d'exemples empruntés à la paléogéographie, la zoogéographie et la phytogéographie, les relations territoriales temporaires cyrno-sardes (a).
La distribution géographique du Gennaria en Corse et en Sardaigne (3) apporte un argument de plus en faveur de l'hypothèse de ces connexions.
Il est curieux de constater le parallélisme de la répartition géographique locale du Gennaria avec celle d'une autre Orchidée méditerranéenne très rare : l'Ophrys speculum.
Ce dernier, que l'on récolte sporadiquement sur la table calcaire de Bonifacio (nous l'y avons cueilli en avril 1964), se retrouve, comme le Gennaria, juste au-delà des Bouches-de-Bonifacio, sur la côte sarde.

INDEX BIBLIOGRAPHIQUE (1).

1. CAMUS (E. G.), Iconographie des Orchidées d'Europe et du Bassin méditerranéen. Ed. Lechevalier, 1928.
2. CONTANDRIOPOULOS (J.), Recherches sur la flore endémique corse et sur ses origines. Th. dort. Montpellier, 1962.
3. DUPERREX (A.) et DOUGOUG (R.), Orchidées d'Europe. Ed. Delachaux et Niestlé. Neuchâtel, 1955.
4. FIORI, Nueva flora analitica italiana. Florence, 1923-1.925.
5. KELLER (G.) et SCHLECHTER (R.), Monographie und Iconographie der Orchideen Europas und des Mittelmeergebietes. Berlin, 1928.

(1). M.M R. ENGEL et M. BRUN facilitèrent mes recherches bibliographiques.
MM. J LOISEAU et M. DESCHATRES photographièrent le Gennaria frais. Leurs diapositives furent utilisées pour dessiner l'orchidée.
Ces botanistes voudront bien recevoir ici l'expression de mes vifs remerciements.




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