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Herborisation à Terre de Bas (Les Saintes, Guadeloupe)



- Le recensement des Ptéridophytes de Guadeloupe nous conduit à Terre de Bas. Cette unité de l'archipel des Saintes reçoit fort peu de visiteurs, ce qui explique l'absence de tout hôtel dans l'île. De plus l'horaire impératif de la liaison maritime ne laisse que quelques heures au séjour du touriste.
Ces contraintes expliquent pourquoi Terre de Bas fut à l'écart des explorations botaniques.
Trois brèves visites effectuées durant l'année 1991 révèlent l'intérêt d'y poursuivre de nouvelles investigations.

- 1. Le cadre géographique. Impressions de voyage :

L'archipel "de los SANTOS" doit son nom à COLOMB en l'honneur de la fête de la Toussaint. La flotille de l'Amiral croisait en effet dans ces parages le 4 novembre 1493 au cours de son deuxième voyage aux "Indes".
L'occupation française date du 18 octobre 1648. Le peuplement intéresse les deux plus grandes îles de l'archipel : Terre de Haut (haut signifie ici la plus au Nord) et Terre de Bas, île très voisine, mais plus légèrement située au Sud. Les îlets inhabités sont petits, trop rocheux ou peu abordables, et toujours trop arides.
D'ailleurs l'eau manque cruellement dans les deux-grandes îles et deux usines de dessalement de l'eau de mer assurent le ravitaillement des trois mille habitants de l'archipel.
Les premiers occupants furent des pêcheurs bretons. La pêche artisanale reste à Terre de Bas la ressource principale de la population. Elle se pratique au large, au tramail, avec des filets flottants mesurant des centaines de mètres, ou sur les platiers avec des nasses pour la capture des crustacés, notamment des langoustes.
La vente du poisson s'effectue principalement à Pointe à Pitre. En revanche la Basse Terre ravitaille les Saintes en légumes, fruits et produits d'importation.
Terre de Bas, plus massive, plus grande que Terre de Haut, possède une superficie de 970 ha. Elle compte 1600 habitants. Cette population se rassemble entièrement dans deux petites villes portuaires diamétralement opposées : Grande Anse à l'Est et Petites Anses à l'Ouest.
Deux routes relient les agglomérations : l'une probablement récente, asphaltée, permet la navette de cars très légers. Elle longe la côte rocheuse escarpée du Sud de l'île, en suivant la courbe de niveau des 50 m d'altitude. L'autre route, médiocre, sinueuse, grimpe parla "montagne", s'élevant au centre de l'île où elle atteint un col à 209 m d'altitude.
Entre les deux petites villes s'étend le vaste domaine d'une forêt xérophile qui couvre environ les 9/10 de la superficie de l'île. Çà et là s'observent quelques affleurements de roches volcaniques colonisées par la Cactée cierge : Cephalocereus curtisii qu'accompagne toujours la Cactée à raquettes : Opuntia triacantha. Près des habitations, les maigres savanes broussailleuses correspondent à la forêt xérophile très dégradée par les chèvres.
Pas de cultures, à l'exception de quelques maigres potagers et de vergers d'annones (Pomme cannelle surtout). Entre les dômes volcaniques centraux (les "mornes") : morne Abymes (293 m), morne Sec (288 m), morne Déjel (257 m), existe un plateau avec sa dépression naturelle occupée par une mare permanente. C'est l"'Etang".
On observe des hydrophytes nageantes : Pistia stratiotes, très envahissant et, discrète, Wollfiella lingulata, une lentille d'eau. Parmi les hélophytes de bordure : Cyperus alopecuroides, Cyperus rotundus, la Poacée : Hymenachne amplexicaulis et l'Aracée : Dieffenbachia siguine.
Le plateau conserve une humidité relative. La forêt y prend de la vigueur et les arbres mesurent 10 à 20 m de haut. Les places à meules de charbonniers abondent. Toutefois la forêt ne semble pas souffrir de cette exploitation.
Drainant les eaux vers la côte nord, la "ravine Caraïbe" s'amorce entre les mornes Abymes et Sec. On foule toujours une abondante litière de feuilles mortes tandis que manquent absolument les strates herbacée et muscinale. Il est difficile d'expliquer leur absence. Peut-être peut-on invoquer l'insuffisance de luminosité sous le couvert permanent ? Une petite Russula intrigue. Elle appartient à la stirpe foetens.
La descente de la ravine s'impose pour rechercher les filicales. Le lit à sec, pierreux et pentu du torrent temporaire donne dans des petits cirques d'accès difficile. Les Fougères sont bien là, généralement très abîmées par des crues aussi violentes qu'éphémères. Dans de tels refuges croissent des Poacées : Pharus sp., Lasiacis divaricata, Oplismenus setarius.
Vers l'aval, toujours dans le thalweg, on admire des arbres vétérans dont le tronc dépasse 1,5 m de diamètre. Un latex blanc s'écoule de l'écorce entaillée. C'est Ficus nymphaeifolia qui surprend dans une île aussi sèche.

- OBSERVATIONS FAUNISTIQUES :

Il y a peu d'oiseaux à Terre de Bas. Un très petit faucon (Falco sparverius) peu farouche doit prélever un trop fort contingent de faibles passereaux. Il ménage sans doute une minuscule tourterelle (Columbina passerina), hôte habituel des savanes.
Près du littoral on dérange les grands Iguanes qui s'enfoncent dans un terrier entre les blocs de pierre ou qui disparaissent dans les buissons impénétrables du < class="orange">Clerodendron aculeatum.
On inquiète d'agiles petites couleuvres noires furtives dans la savane. Le lézard "l'Anoli' (nom d'origine caraïbe) doit être leur proie favorite. Au "morne du Chameau", à Terre de Haut, se débusque un autre Ophidien : couleuvre de très grande taille, à livrée où domine le jaune. La survivance de ces reptiles dans les petites îles des Dépendances guadeloupéennes s'explique sans doute par l'absence du redoutable prédateur : la mangouste. Ces deux couleuvres appartiennent au genre Alsophis, qui a développé plusieurs espèces endémiques dans les Petites Antilles et, plus précisément, à l'espèce Alsophis antillensis, endémique de l'archipel guadeloupéen où elle est représentée par quatre sous-espèces.
Sur les grandes inflorescences d'un jaune laiteux de la Mimosacée lianoïde Acacia paniculata s'affairent d'admirables Lépidoptères fort peu craintifs. mais le plus grand et le plus beau de tous : le "Monarque" (Danaus plexipus), célèbre pour ses migrations dans les deux Amériques, reste inféodé à une jolie plante : Asclepias curassavica (= de Curaçao) qui croît, au bord du chemin, près du col.