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Excursion botanique à l'Ile de la Désirade
2ème Partie



- I - Introduction :

Un récent voyage à la Guadeloupe, réalisé en mai 1991, permit d'effectuer quelques herborisations dans l'île de la Désirade.
Ceci dans un triple but :
- Retrouver si possible les Ptéridophytes signalées dans cette île par PROCTOR, en 1974.
- Compléter la connaissance de la forêt xérophile en prospectant des ravines, difficiles d'accès, cisaillant la côte nord de l'Ile.
- récolter systématiquement nombre de plantes herbacées, même banales, car la récente "Flora of the Lesser Antilles" de HOWARD et coll. répertorie assez mal la florule de la Désirade.
Voici les résultats de nos journées d'herborisations

- II - Les Ptéridophytes de la Désirade :

Les renseignements proviennent de QUESTEL (1951), et surtout de PROCTOR (1974).
QUESTEL qui brosse rapidement un tableau de la végétation de la Désirade précise : "Les Fougères sont rares, sauf le Blechnum indicum, espèce ubiquiste". Malheureusement cette assertion paraît suspecte. En effet, le binôme Blechnum indicum auct. mult., synonyme de Blechnum serratum L., concerne une espèce rare, en général épiphyte dans la mangrove à Pterocarpus officinales.
Or, ce biotope n'existe pas à la Désirade.
Le lapsus s'avère probable. Comme QUESTEL voulait citer une Fougère assez commune on peut proposer l'Anemia adiantifolia (L.) Sw.
PROCTOR explora la Désirade en 1960, sans rencontrer, bien sûr, le "Blechnum indicum". Il récolta six espèces de Ptéridophytes : Psilotum nudum (L.) Gris., Anemia adiantifolia (L.) Sw., Acrostichum danaeifolium Langsd. et Fisher, Adiantum tenerum Sw., Tectaria heracleifolia (Willd.) L.M. underw., Thelypteris guadalupensis (Wikstr.) Proctor. Les localités où furent réalisées les collectes ne sont pas précisées.
L'Anemia adiantifolia s'observe facilement sous la forêt xérophile à Dodonaea viscosa et Byrsonima lucida en montant au village de Beauséjour vers la chapelle du Calvaire.
Mais la ravine Cybèle, les vallons descendant vers le hameau de Baie Mahault, et la mangrove, route du phare, ne recèlent pas de Ptéridophytes. Certainement, il faut chercher ces plantes dans les ravines de la côte nord, et celle de "Grand Bassin" semble la plus favorable car elle excède 2 km de longueur et abrite une source à débit médiocre.
Orientée Est-Ouest, la ravine de Grand Bassin entaille d'abord la nappe des calcaires coralliens puis le socle de vulcanites. Sa marge nord présente des petites falaises à la côte d'altitude : 225 m. La source, entièrement captée, se situe à 150 m d'altitude et marque sans doute le contact entre le calcaire récifal et les roches andésitiques. En descendant la ravine à partir du plateau on s'engage d'abord dans la forêt xérophile basse, très maigre, puis, dans le thalweg.
Les arbres prennent de la taille et l'on passe progressivement à une forêt submésophile située dans le cours inférieur de la vallée, offrant le plus grand intérêt pour les recherches botaniques.
Les Ptéridophytes sont bien là!
Elles apparaissent dans un ordre assez bien défini, imposé par les besoins hydriques de chaque espèce.
D'abord la plus thermophile : l'Anemia adiantifolia, puis Adiantum tenerum et Thelypteris guadalupensis, enfin Tectaria heracleifolia suivi de Psilotum nudum (épiphyte vers la base d'un "Poirier" : Tabebuia pallida).
En aval de la source, la gorge se resserre, s'encombre d'énormes blocs éboulés des falaises, et de troncs fracassés par le cyclone "HUGO".
La progression devient lente, hésitante, précautionneuse. Il faut récolter nombre d'espèces tant herbacées que ligneuses, toutes apparemment méconnues pour l'île de la Désirade. On présume que les botanistes n'ont guère progressé au-delà de la source. L'observation des Ptéridophytes confirme l'hypothèse.
Voici le Thelypteris patens (Sw.) Small subsp. scabriuscula (C. Presl.) A.R. Smith, espèce dépassant un mètre de haut, puis l'élégante, Pityrogramma calomelanos (L.) Link, toute enfarinée de blanc à la face inférieure des frondes, enfin de juvéniles Nephrolepis multiflora (Roxb.) Jarret, reconnaissables à la pubescence de la nervure médiane à la face supérieure des pennes. Cette espèce d'Asie tropicale, déjà naturalisée dans plusieurs îles de la Caraïbe, envoie donc des pionniers pour la Désirade.
En approchant de la mer, heureuse surprise! Voici de nombreuses touffes de Pteris grandifolia L., une superbe espèce, connue seulement pour les Petites Antilles de la Grenade et de la Guadeloupe, où nous l'avons collletée, à trois reprises, dans les "Grands-Fonds", en Grande -Terre.

- III. Observations concernant surtout les espèces ligneuses non mentionnées dans la note antérieure :

- a) Excursion consacrée à la pointe ouest de l'île.

Entre la piste de l'aérodrome et le bord de la mer s'allonge une brousse basse à "Raisinier bord de mer" ou Coccoloba uvifera (Polygonacée).
Il s'y mêle de beaux peuplements d'un étrange petit arbuste dressé, subhalophile, à feuilles obovales crassulescentes : Scaveola plumieri, (Goodéniacée). Plus près du front de mer croît le Suriana maritima, (Surianacée) autre arbuste à feuilles succulentes. Au bord de la route des Galets, juste au-dessus d'anciennes carrières calcaires, l'Opuntia dillenii (Cactacée) exhibe ses raquettes, fort dissuasives malgré l'attrait de très belles fleurs jaunes. Trois Césalpiniacées : Parkinsonia aculeata, Senna bicapsularis, Senna sophera (le dernier mentionné TR dans la Flore de J. FOURNET) croissent dans les lieux arides calcaires, très maigres. Il faut déranger une forte population de grands iguanes pour approcher de l'Agave dussiana (Agavacée), endémique pour les Petites Antilles. Les hampes florifères hautes de 6 - 8 m dominent tout un fourré de mancenilliers littoraux. Un gros passereau : le "pitpirit", chasse activement les insectes qui butinent là-haut dans la gerbe dense de grandes corolles dressées, pressées, toutes d'un jaune d'or éclatant.
En approchant du morne Frégule, les grands rochers éboulés sur la côte hébergent une colonie de Chitons énormes, mais c'est un petit peuplement de l'Opuntia erubescens qui attire l'attention car cette très rare Cactacée a le malheur de croître, en Guadeloupe, près des sites touristiques. Lardée, par jeu, de coups de canif, la voici dans nos Antilles au bord de son extinction! En grimpant vers une grotte près de la mer, on reconnaît le Capparis flexuosa.
De très médiocres parcours à troupeaux de chèvres, des broussailles à Clerodendron spinosum, des boqueteaux à Gommiers rouges (Bursera simaruba), Ficus citrifolia, Citharexylum spinosum occupent les grandes dalles calcaires qui forment, au Sud, le soubassement du morne Frégule. Apparemment l'Annona muricata, très abondant partout, semble bien spontané dans ce secteur de l'île.