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Cryptogames vasculaires récoltés en Guadeloupe.

(4ème partie)



- I. Rappel

Les notes antérieures démontrent la richesse de la flore guadeloupéenne en Ptéridophytes. Le recensement entrepris concernait deux cent cinq espèces, l'enquête restant loin de son terme.
Cette flore exceptionnelle demeure mal connue et mal protégée car les bananeraies ou les cultures florales gagnent toujours en altitude aux dépens de la forêt pluviale.
Est-il possible de retrouver dans l'île les Filicales jadis signalées par nos devanciers?
Une récente campagne d'herborisations apporte son complément d'informations.

- II. Les nouvelles recherches

Elles furent menées en mars-avril 1989 durant trois semaines en compagnie de notre ami botaniste J.J. LAZARE.
On visita quelques grands ravins de la Côte sous le Vent de la Basse-Terre : Rivière de Baillif, Rivière du Plessis, Grande Rivière des Vieux-Habitants. La forêt d'altitude de la Grande Découverte fut reconnue. La grande sylve pluviale couvrant au Nord la chaîne volcanique axiale fut traversée deux fois grâce aux sentiers nommés "trace Sofaïa-Baille-Argent" et "trace des Contrebandiers". L'exploration des ravins secondaires des grandes Rivières : Ravine Flore, Ravine Paradis, Ravi-ne Pagésy, d'accès ou de pénétration difficiles, se limita à la partie aval de ces vallées. Une excursion à la Crête des Icaques se solda par un échec, la brousse dense limitant beaucoup la progression dans une région apparemment dépourvue de tout sentier.
Que dire des résultats de ce 8ème voyage en Guadeloupe?
D'une part il fut impossible de retrouver diverses espèces dont la récolte était légitimement attendue, d'autre part la collecte des seules Ptéridophytes s'avéra généreuse, permettant la constitution de 257 planches d'herbier.

- III. Compléments à la liste des Ptéridophytes rencontrées en Guadeloupe

- Classe LYCOPSIDA

Famille Lycopodiaceae

- Lycopodium sieberianum Spring.
Il s'agit d'une plante terrestre dressée dont les divisions feuillées rigides mesurent près de 2 cm de large. Cette espèce, endémique pour les petites Antilles, prospère surtout en Martinique, notamment à la Montagne Pelée d'où provient le type. PROCTOR ne la mentionne pas pour la Guadeloupe. Cependant HUSNOT, en 1868, l'indique du versaut occidental de l'île, à 1200 m d'altitude. PORTECOP et SASTRE (1985) confirment sa présence en Guadeloupe.
On peut facilement confondre ce Lycopode avec une espèce affine: Lycopodium refiexum Lam., localement abondant.
On observera le Lycopodium sieberianum en montant à la Soufrière par le "Chemin des Dames", aux en-virons de la "Grande fracture du Nord-Ouest", dans des tourbières de pente avoisinant le précipice.

- Lycopodium aqualupianum Spring.
Très belle espèce, épiphyte, pendante, caractérisée par ses sporophylles formant un appendice caudifarme qui prolonge les rameaux issus d'une division dichotomique. Malgré son nom, il ne s'agit pas d'une plante endémique pour la Guadeloupe. Sa répartition géographique s'étend aux Grandes Antilles ainsi qu'à l'Amérique tropicale, mais il reste partout une espèce rare.- Nous l'avons observé:
1°) au Grand Matouba, au lieu-dit Fond Bernard; orée de forêt dense; un sujet fertile.
2°) Forêt pluviale de Baillif, vers 700 m d'altitude; jeunes sujets stériles.
3°) Forêt pluviale de la Rivière du Plessis, vers 750 m d'altitude; plusieurs jeunes sujets dans une aire très circonscrite.

- Classe PTEROPSIDA

Famille Hymenophyllaceae

- Hymenophyllum latifrons Van den Bosch.
Cette espèce rare, endémique pour les Petites Antilles, appartient au subgen. Sphaerocionum à frondes poilues et segments non dentés. Le nom spécifique évoque ses divisions relativement larges, mesurant 2,5 mm.
Récolté sur arbustes moussus, bas, de la brousse culminale du morne de la Grande Découverte; alt. 1263 m.

- Hymenophyllum macrothecum Fée.
Espèce TR selon DUSS, endémique pour les Petites Antilles et Porto-Rico. Le type provient de la Guadeloupe. La plante appartient au subgen. Mecodium (frondes glabres et segments non dentés). L'espèce présente un stipe filiforme ailé au sommet et un limbe mesurant moins de 2,5 cm de large, 2 fois pinnatifide. Récolté épiphyte dans la forêt hygrophile de Pointe Noire, vers 500 m d'altitude, au bord de la trace des Contrebandiers.

- Trichomanes radicans Sw. var. radicans.
Selon PROCTOR: "Plante apparemment TR dans les Petites Antilles aucun spécimen n'ayant été récolté depuis FÉE (1866) et DUSS (1903) pour la Guadeloupe.
Il croissait, stérile, sur un bloc de basalte, vers 650 m d'altitude en forêt pluviale du bassin supérieur de la Rivière du Plessis.

Famille Polypodiaceae

- Pteris tripartita Sw.
Cette Fougère terrestre du Vieux-Monde tropical : Afrique, Asie, Océanie, Australie, se naturalise parfois en Amérique chaude. On la connait de l'île de Ste Lucie pour les Petites Antilles. Elle existe maintenant en Guadeloupe, plantée ou adventice. Elles croissait dans un minuscule jardinet à St Claude, ainsi que dans la bouche d'égoût voisine, apparaissant entre les barreaux de fonte de la plaque de protection.

- Pteris grandifolia L.
Comme Pteris vittata, cette Fougère d'Amérique tropicale et des Grandes et Petites Antilles, possède une fronde une seule fois pennée, mais ici les pennes mesurent jusqu'à 45 cm de long et 5 cm de large! Apparemment calcicole, elle semble localisée en Guadeloupe dans la seule île de Grande Terre.
Nous l'avons repérée dans la région nord des "Grands-Fonds", colonisant des déblais rocheux de carrières abandonnées près de David-Chazeau, au Sud-Est des Abymes, ou prospérant à l'orée d'un boqueteau au bond de la route D.108.

- Dryopteris pedata (L.)Fée.
Jolie espèce terrestre de 30 à 50 cm de haut, à limbe de contour pentagonal mais profondément divisé (pédalé) en trois lobes eux-mêmes fortement incisés; sores marginaux, indusiés comme chez les Adiantum. On l'observe en forêt xérophile de forte pente, localement abondante, près de la petite route qui relie le hameau de Grand Rivière à la route D.17 desservant la vallée des Vieux-Habitants. Il s'agit d'une localité indiquée par le R.P. DUSS : "de l'Habitation Beausoleil à la Grivelière".

- Diplazium plantaginifolium (L.) Urban.
Cette plante connue des iles Caraïbes et d'Amérique tropicale se distingue des nombreux Diplazium guadeloupéens par sa fronde simple. Son limbe lancéolé, denté au sommet, nous montre de grands sores obliques atteignant 3 cm de long, isolés ou géminés le long des nervures. En Guadeloupe cette Fougère terrestrre de moyenne montagne semble localisée justement dans les bassins forestiers des Rivières St Louis, du Plessis et de Baillif où nous l'avons observée et récoltée à plusieurs reprises.

- Thelypteris sancta (L.) Ching.
Selon PROCTOR, il s'agit d'une Fougère rare dans les Petites Antilles mais connue aussi des Grandes Antilles et de l'Amérique tropicale. Elle appartient, comme les deux suivantes, au subgen. Amauropelta et à une section qui compte de petites espèces glanduleuses, de détermination délicate et de biologie singulière. Toutes sont ripicoles, hydrophiles ou presque, et colonisent les berges rocheuses souvent recouvertes par les crues soudaines. Menues, mais avec un pétiole, un rachis, et des costae rigides, elles résistent bien au courant et aux projections des granulats véhiculés par les torrents en crue.
Notre T. sancta se singularise par deux lignes de pubescence blanche qui courent le long du rachis et des costae à la face supérieure de la fronde.
Récoltée à l'aval de la rivière Paradis, près du confluent avec la Grande Rivière des Vieux-Habitants.

- Thelypteris opposita (Vatel.) Ching.
Encore une espèce rare et même endémique pour les Petites Antilles. En Guadeloupe on note une seule localité : le Camp Jacob près de St Claude (HUSNOT, 1868).
Elle existe aussi à Matouba, juste à l'amont du pont sur la Rivière Rouge, colonisant les berges rocheuses et la murette suintante de soutènement d'une berge, croissant en compagnie de l'Asplenium cristatum et de l'Adiantum raddianwn (une adventice toute récente pour la Guadeloupe).