sommaire





haut



Herborisation au Ravin d'Enfer dans les Basses-Pyrénées.



- Les Pyrénées occidentales grâce à leur situation méridionale et à leurs deux frontières : l'une montagneuse, l'autre maritime bénéficient des quatre types de flores définies par P. FOURNIER : générale, méditerranéenne, alpine, littorale. La flore méditerranéenne est la moins représentée.
En effet, toute la zone inférieure subit l'influence du climat atlantique favorisant les plantes banales de la flore générale. En plaine, le climat correspond à la forêt de chêne édonculé, plus ou moins remplacé par le Chêne tauzin sur les plateaux podzolisés.
Dans la zone inférieure, les stations de plantes subméditerranéennes sont donc rares, dispersées, toujours limitées en étendue. II s'agit le plus souvent de sables secs surtout littoraux, ou d'affleurements de marnes érodées exposées plein sud. En moyenne montagne, les pentes calcaires arides, et les falaises ensoleillées constituent également un milieu favorable.
Toutes ces stations sèches ont pour le floriste un grand intérêt à cause de leur discontinuité la nature du peuplement végétal est souvent imprévisible.
La station xérothermique qui va faire l'objet de mon aperçu se situe en Vallée d'Aspe. Il s'agit de la falaise sud du Ravin d'Enfer, où le « Chemin de la Mâture » a été taillé en encorbellement dans un paysage tout de sauvage grandeur.
Les anciens botanistes semblent avoir ignoré cette riche station et feu MARQUEHOSSE, jadis professeur à Pau, fut le prmier à y herboriser sans doute.
Essayons dans cette courte note de résumer les observations faites au cours d'une herborisation qui m'a permis non seulement de parcourir tout le Chemin de la Mâture, mais encore d'atteindre les crètes siliceuses qui ferment la vallée vers l'est, face au Pic du Midi d'Ossau.
Venant d'Oloron, pour gagner le Col du Somport, le touriste s'étonne de la succession de gorges et de bassins qu'il rencontre jusqu'au-delà de Bedous. Le Gave tranche par des défilés où s'agrippent les Buis, les couches violemment redressées de calcaire jurassique ou crétacé formant des rides parallèles à l'axe de la draine. Sur les deux versants de la vallée principale, des épaulements trahissent une ancienne auge glaciaire. L'ampleur de l'incisure médiane due à la morsure du Gave surprend, car elle indique un formidable travail d'érosion, accompli en quelques millénaires, pendant le post-glaciaire.
Mais voici le fort du Portalet, incrusté dans la pierre qu'il mime. Il garde le couloir étroit où le Gave et la route d'Espagne se faufilent de justesse. Il faut s'arrêter; on est allé trop en avant, riais de là se démasque la partie aval du Ravin d'Enfer.
Juste en aval du fort, un affluent de droite du Gave d'Aspe, le Sescoué, a donné un formidable trait de scie dans des calcaires blancs, d'âge dévonien, appartenant à la zone axiale de la chaîne.
Les deux versants de la vallée du Sescoué sont si redressés qu'on peut sans inconvénient, les appeler des falaises. Leur hauteur ? Plusieurs centaines de mètres.
Leur pente ? Peut-être 80°. La vallée du Sescoué c'est aussi le Ravin d'Enfer.
Or, de la route nationale, on peut repérer dans la falaise sud, le Chemin de la Mâture, creusé à la mine dessinant dans le roc sa puissante strie rectiligne, à la montée régulière. Nul promeneur oisif sur ce sentier aérien, mais, quelquefois, un berger débonnaire y tire la corde qui sollicite son mulet chargé et prudent.
Ce chemin, construit sous les ordres de COLBERT pour permettre la descente des mâts provenant de la sapinière voisine, n'est plus entretenu depuis près de trois siècles, et l'attelage de boeufs qui tirait jadis les longues pièces de bois serait bien incapable de s'aventurer dans la voie, devenue étroite et par trop raboteuse.

- Mais, laissons notre contemplation pour récolter sur les rochers calcaires au bord même de la route Senecio pyrenaicus G. G. considéré par quelques auteurs, dont COSTE, comme une espèce légitime alors qu'il parait n'être, en fait, qu'une simple forme de Senecio spathulaefolios DC., il m'est en effet arrivé de rencontrer, au Pays Basque, le type et sa variation sans ligules, le tout dans le même peuplement. C'est la forme aligulée, seule représentée en altitude, qui a été nommée S. pyrenaicus.
Jetons un coup d'œil sur cette pente tuffeuse à Cirsium monspessulanum, puis franchissons de nouveau le gave sur le Pont de Sebers 636 m).

Ici commence véritablement l'excursion.

- Sur la rive droite, un chemin s'élève vers le sud, à travers des fourrés de Buis et de Coronilla emerus. Voici Trifolium medium dans une pente herbeuse, puis Orobus niger, Lathyrus luteus, Cephalanthera xiphophyllum. Traversons des prés gras à Crepis blattarioides puis, à nouveau des broussailles. Un couloir d'éboulis calcaires stabilisés descend jusqu'au bord du sentier. Ici prospèrent Rumex scutatus, Epipactis atrorubens, Arabis hirsuta, Æthionema saxatile, Genista occidentalis, Armoria grandiflora, Geranium sanguineum, Teucrium chamaedrys, et T. pyrenaicum, Antirhinum majus et Lencanthemum corymbosum.
En pleine lumière, le chemin vire brusquement vers l'est. Il s'engage à mi-pente dans la gorge étroite, profonde, avec des à pics vertigineux. Tout au fond, le Sescoué gronde en bouillonnant.

- On entre dans le Ravin d'Enfer.
La flore change d'un seul coup, prenant un caractère subméditerranéen : Fumana spachii, Helianthemum canum, H. nummularium, H. apenninum, Satureia montana, Teucrium chamaedrys, T. pyrenaicum, Calamintha acinos, Osyris alba, Jasminum fruticans, Lonicera etrusca, Laserpitium gallicum, Seseli montanum, Genista occidentalis, Ononis natrix, O. Columnae, Trifolium scabrum, Anthyllis vulneraria var. rubriflora, Hippocrepis comosa, Astragalus glyciphyllos.
Contre la muraille dans les endroits les plus secs:
Scilla verna, Hyacinhus amethystinus, Aphyllanthes monspeliensis, Anthericum liliago, Epipactis atrorubens, Orchis mascula, O. conopsea, Ophrys scolopax, Arabis arcuata, A. stricta, A. hirsuta, Erysimum ochroleucum, Aethionema saxatile, Arenaria grandiflora, A. leptoclados, Alsine tenuifolia.






Conception du site:Webcreation11.com
n.vivant@webcreation11.com
Tél: 04 68 24 97 28
Site Internet: www.jean-vivant.net