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Juncus articus WILLD. et Hierochloa borealis R. et S.
dans le haut bassin du Verdon.



- II s'agit ici de deux « relictes glaciaires » très circonscrites sur notre territoire.
- L'abbé COSTE («Flore descr. et ill. de la France») donne pour Juncus arcticus, en ce qui concerne la France, la répartition suivante : « Hautes-Alpes, Basses-Alpes ; Pyrénées centrales ».
L'auteur, toutefois, a omis la Savoie, où ce Juncus croît en plusieurs localités de la Tarentaise ; d'autre part, l'indication « Pyrénées centrales » est à appliquer à J. pyrenaeus TIMBAL, qui seul existe à la Rencluse, au pied de la Maladetta. Quant à l'abbé P. FOURNIER (« Quatre Flores de France »), il cite Juncus arcticus de la « Savoie et des Hautes-Alpes ».

- Hierochloa borealis est une Graminée qui n'est connue en France que de quelques localités des hautes vallées de l'Ubaye et de la Tinée, et aussi des Pyrénées-Orientales (Cerdagne) où elle constitue une colonie curieusement aberrante, étroitement localisée au-dessus des sources du Sègre.
A noter que la localité indiquée par ROUY (Flore de France, XIV, p. 38) : « Saouca-Mourene » (rectius : « Salza Morene ») se trouve non pas dans les «Basses-Alpes », mais tout à l'origine de la vallée de la Tinée au-dessus du Pra (Alpes-Maritimes).
J'ai donc été surpris de récolter ces deux plantes prés de Colmars, dans la haute vallée du Verdon. J'ai trouvé Hierochloa borealis en allant du village d'Allos au lac de ce nom. La plante vit dans une tourbière qui occupe manifestement un ancien lac glaciaire comblé. Un torrent, alimenté par les eaux infiltrées dans le cirque occupé par le lac d'Allos, draine cette tourbière, non sans décrire de nombreux méandres aux boucles resserrées, à une altitude d'environ 2.100 m.
Dans la tourbière, dominent Swertia perennis L. et Allium. Schoenoprasum L. Absence de Sphaignes. Entre les boucles des méandres, sur sol noir, humifère et flottant, Hierochloa se mêle aux Cypéracées vivaces : Carex vulgaris FRIES, Blysmus compressus PANZ et Eriophorum Scheuchzeri HOPPE, Luzula sudetica DC. abonde, ainsi que le petit Thalictrum alpinum L.

- Quant à Juncus arcticus, je l'ai récolté en deux localités :
1) Sur la marge de la tourbière précédente, le sol étant déjà plus ferme et de nature siliceuse (alluvions glaciaires).
2) En allant de Colmars aux lacs de Lignin et au Grand Coyer. Le chemin traverse d'abord le bois de Monier, puis un mélézein près de la cabane du Juge. Il s'engage ensuite dans le très long et aride vallon de Bresenges où le torrent, la Lance, se réduit à un maigre ruisseau. Le vallon aboutit à un cirque dont les éboulis abritent une colonie de marmottes. C'est au fond de ce cirque que Juncus arcticus a trouvé refuge.
Il croît dans les mouillères, avec Blysmus compressus PANZ, Carex bicolor ALL., Triglochin palustre L., à une altitude, ici encore, un peu supérieure à 2.000 m.
Le « Catalogue raisonné des Plantes vasculaires des Basses-Alpes » de L. LAURENT demeure à peine ébauché. M. G. DELEUIL, qui a entrepris d'en poursuivre la publication, a eu l'obligeance de me signaler que ces localités étaient inédites.
Toutefois Juncus arcticus était déjà connu dans les Basses-Alpes, de la haute vallée de l'Ubaye (Sagnes de Grange-Commune) et des hautes tourbières à Uvernet ». Bien entendu, cette plante existe encore en diverses localités de la Savoie et du Dauphiné.